Pierre Morel

Journal de bord réflexif, intime, et politique

à propos

Je m’appelle Pierre Morel.
Je suis un homme blanc, cisgenre, hétérosexuel, français, exerçant le métier de photographe.

Né en 1988, je suis basé à Paris, j’ai grandi en Rhône-Alpes, j’aime l’Europe et je travaille dans le monde entier.

Je voyage en vélo et en train.

Je photographie et j’écris.
Je le partage ici, dans ma maison.
C’est ma manière d’être avec vous.


Me solliciter ?

photo@pierremorel.net
+33 (0)6 21 73 05 75

Mon portfolio : www.pierremorel.net
Mon bureau : Chez les ami.e.s du Onzième Lieu
91 bis, Rue Jean Pierre Timbaud, 75011 Paris.
Mon agent : Frédéric Rossi / La Company
Mes archives : Divergence-Images



Ce journal sous forme de blog, relancé en février 2024, réunit mes archives écrites et visuelles publiées depuis 2008.

S’y ajoute des articles issus de mes posts sur les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram ou Médium et d’autres supports sur lesquels j’ai pu écrire.

d’où je vous parle, et dans quel contexte ?


Mon écriture prends sa source dans ma vie professionnelle d’une quinzaine d’années en tant que photographe indépendant, spécialisé dans le reportage.
Un métier que j’estime pratiquer avec bonheur et ponctualité.

Bonheur dans le sens où il m’a permis d’accéder à de nombreuses situations de plaisirs, de rencontrer la multitude des êtres, de voyager dans des univers, de m’établir avec sérénité dans la capitale de mon pays, et d’accomplir des projets, dont certains, ont eu un impact qui a dépassé le simple cadre de leurs finalités.

Ponctualité, car je travaille avec continuité depuis mes 19 ans pour différentes organisations : des rédactions, des ONGs, des multinationales. Je perçois une rémunération qui me semble conséquente et me place, dans la société, ces dernières années, dans les tranches hautes de revenus. J’ai ce privilège.
J’exerce en France, sous le régime d’artiste auteur, je déclare des bénéfices non commerciaux. Je suis une entreprise individuelle au sens fiscal. Je dépends aussi du statut de journaliste rémunéré à la pige, titulaire d’une carte de presse, pour mon activité de photojournaliste. J’explore par là, particularité française, une relation salariale avec des entreprises de presse bien que mon vécu, mon rapport de force symbolique et ressenti, soit celui d’un indépendant. J’ai également touché des rémunérations en contrat à durée déterminée ainsi que des cachets d’intermittence. Et je reçois aussi des revenus issus la gestion collective de droits d’auteurs.

Je travaille dans un bureau partagé. J’en ai connu plusieurs à Paris. J’ai été associé à la création d’un tiers lieu coopératif sous forme de SCIC (Société Coopératie d’intérêt Collectif) et je suis sociétaire de plusieurs autres coopératives. J’enseigne également, entre autres, à l’école où j’ai été formé en 2007 : L’École des Métiers de l’Information – EMI-CFD. J’interviens dans des établissements scolaires pour animer une médiation sur l’image et l’information. Je crois connaître une certaine diversité dans mon activité dans les modes d’exercice et les clients. Je suis membre d’une association de vente d’archives photographiques regroupant plus de 140 photojournalistes indépendant·e·s, Divergence-Images.
Je suis représenté par un agent, Frédéric Rossi de La Company, pour mes missions corporate. J’ai eu sous ma responsabilité des stagiaires et des assistant·e·s. Je travaille généralement seul, mais je suis partie prenante de projets collectifs et d’appels d’offres.

Je n’ai jamais ressenti l’insécurité liée à une nécessité de la survie matérielle, cela n’empêche pas de côtoyer la précarité, mais la différence est de taille : j’aurais toujours un toit et à manger. Notre modèle social m’a permis de tenir ma position de photographe lors de mes années de lancement avec, par exemple, le Revenue de Solidarité Active ou les aides au logement. Mon corps s’est jusqu’alors toujours trouvé aligné avec moi-même. Je peux tomber malade et m’en relever. En bonne santé selon les médecins. Je ne suis pas parent et personne n’est en situation de dépendance vis-à-vis de moi. On m’a toujours encouragé à suivre ma voie, et essayer ce que j’aime, dont ce métier.

Enfin, être un homme hétérosexuel cisgenre, blanc, français et encore jeune m’a préservé de nombreux crimes, de violences, de contrôles au faciès, d’injures ou d’inégalités de rémunérations. Cela m’a aussi préservé des barrières symboliques ou réelles, pour ne pas dire emprisonnements, que j’aurais pu, ou qu’on aurait pu me dresser.

Je vis une vie parisienne depuis 2007. J’ai la chance d’y avoir côtoyé dans ses aspects intime ou professionnelle, dans sa diversité, ce qui compose les travailleurs créatifs indépendants. J’ai échangé avec eux, en les écoutant, sur leurs dynamiques professionnels, leurs doutes, leurs problèmes, leurs précarités : graphiste, maquilleuses, architectes, comédiennes, autrices, journalistes ou photographes. Je tente de saisir le subtil de nos vies dans les liens intimes et professionnels. Dans le travail d’indépendant créatif se révèle une part importante de la psyché des individus, comme si le métier, sa pratique, faisait corps avec le personnel, avec son propre chemin biographique. On se morfond dans nos métiers. On fusionne son idéal de vie et de son idéal de travail. La question du sens notamment se pose quotidiennement. Il se joue quelque chose d’assez particulier, beau et singulier, mais aussi dangereux qu’il convient d’analyser, de comprendre, de conjurer.


Mon propos émane aussi de mon expérience depuis mon adolescence dans les mouvements politiques et syndicaux, de gauche, au sein de structures diverses et hétérogènes : découverte de l’altermondialisme et de l’écologie politique dans les années 2000 ; animation de la lutte contre le Contrat Première Embauche au lycée ; pratique du reportage citoyen à Grenoble dans des groupes libertaires ; engagement auprès des photographes et des journalistes avec des organisations et des syndicats liés à ces métiers-là (Profession Pigiste, Union des Photographes Professionnel – UPP, Freelens, Syndicat National des Journalistes – SNJ), jusqu’au suivi de projets plus large comme celui du néo-syndicat Indépendants.co en 2020.

Ce qui me meut c’est la compréhension de nos conditions d’existence quelques qu’elles soient, et donc de leurs dépassements politiques. Sans être un individu capable de victoires ou de changements concrets dans les organisations, j’espère avoir fait preuve de partage et de contributions bénéfiques auprès d’elles.

Dans ces luttes, j’exprime aussi ici ma gratitude envers les mouvements féministes et antiracistes, en ce qu’ils m’ont permis de percevoir et de comprendre des rapports de dominations, des subjectivités, des écritures de l’Histoire, et des nécessités de se déconstruire au-delà même de l’apparente égalité en droits. Ces mouvements ont raison de leur radicalité, et nous ne pouvons que les soutenir, et écouter ce qu’ils ont à nous apprendre.

Pour devenir un « bon » freelance, il existe le développement professionnel, pendulaire, du développement personnel : confiance en soi, stratégies, marketing, guide pratique, etc. Les livres, blogs et contenus existent, ils m’ont été utiles pour une certaine réussite dans le monde et le marché du freelance actuel, pour m’y sentir bien, et je vous invite à les consulter également. Je n’ai point besoin d’en faire la redite. J’ai le désir d’un pas de côté, plus intime et éthique, plus politique et social. Un pas de côté plus collectif et spirituel.


Alors, je ne suis ni universitaire de formation ni chercheur de métier. Mon seul diplôme est le bac, mes articles ne valent ni une thèse argumentée, ni une étude chiffrée et exhaustive, mais sont l’émanation de ce vécu en France et à l’étranger. Ma pensée ici n’est pas un absolu ou une divination, elle est le substrat des personnes et des idées que j’ai pu connaître ou rencontrer et qui me composent. Elle est solidifiée par des rapports institutionnels nombreux et chiffrés sur nos métiers. Et je m’inspire du travail remarquable et des propositions de nombreux syndicats et collectifs de nos métiers. Merci à eux.

J’espère ainsi synthétiser cette expérience à ma sauce. D’une part parce que je crois au pouvoir politique du langage et d’autre part parce que j’aime rendre visible des possibles. C’est ma manière d’agir, pour prendre sa vie en main. Pour créer avec joie au service et en réponse à des besoins de la société. Pour la précéder dans ses rêves.

De mes récits, il y a parfois beaucoup d’exigence. Il serait bien trop beau, voire absurde, que j’aie moi-même appliqué à la lettre, en tout temps et en tous lieux ce que je nous souhaite. C’est le sens sous-jacent de mon propos : en nous définissant des valeurs, des désirs et des utopies concrètes communes, nous pourrons tendre ensemble vers ces idéaux. Nous positionner avec eux plutôt que face aux injonctions individualistes du néolibéralisme. Ils seront difficilement atteignables totalement, probablement jamais, nous en discuterons et nous expérimenterons, mais c’est notre espérance, et elle dessine le chemin vers lequel nous devons aussi amener nos pouvoirs publics et le secteur privé pour y parvenir.

Merci de votre indulgence, et de votre lecture participative.